
En tant qu’étudiants vétérinaires, vous êtes formés à reconnaître des schémas cliniques : tuméfaction, chaleur, écoulement, douleur. Mais lorsqu’il s’agit des infections du site chirurgical (ISC), reconnaître un problème ne constitue que la moitié du travail. La question la plus difficile — et la plus importante — est la suivante :
Parlons-nous tous de la même chose lorsque nous utilisons le terme « infection » ?
De manière surprenante, en médecine vétérinaire, la réponse a longtemps été non.
En lisant des publications rapportant des taux d’ISC, un constat interpelle rapidement :
Certaines définissent l’infection sur la base de résultats de culture
D’autres s’appuient sur le jugement clinique
Certaines incluent les infections tardives, d’autres non
Certaines mélangent rougeur superficielle et infection profonde associée à un implant
Lorsque les études utilisent des définitions différentes, leurs résultats ne peuvent pas être comparés de manière fiable. Cela rend presque impossible:
d’identifier de véritables facteurs de risque
de comparer des hôpitaux ou des techniques chirurgicales
d’élaborer des recommandations cliniques pertinentes
De fait, de nombreuses revues systématiques et méta-analyses — en médecine humaine comme vétérinaire — échouent, non pas par manque de données, mais parce que les critères de jugement sont définis de manière incohérente.
En tant que futur clinicien, chercheur ou responsable de structure, vous vous appuierez sur la littérature scientifique pour :
choisir des techniques chirurgicales
décider d’une prophylaxie antimicrobienne
évaluer des complications
expliquer les résultats aux propriétaires
Si le critère de jugement lui-même est mal défini, les conclusions qui en découlent sont fragiles, voire trompeuses.
Un récent projet international de consensus a permis d’établir des définitions des ISC spécifiques à la médecine vétérinaire, élaborées par des chirurgiens, internistes, anesthésistes, microbiologistes et experts en prévention des infections, toutes espèces et disciplines confondues.
Cela ne dit pas encore comment prévenir les infections — mais cela définit enfin ce qu’est réellement une infection.
Et c’est sur cette base que tout le reste repose..
"Surgical site infection definitions consensus: a first step toward improving prevention in veterinary medicine"

Article offert par le Dr Denis R. Verwilghen (et al.), spécialiste européen en chirurgie des grands animaux et en dentisterie vétérinaire, exerçant à l’Université de Melbourne au sein de la clinique équine de Goulburn Valley.
Ses domaines d’intérêt portent sur la chirurgie générale des tissus mous, la chirurgie orthopédique, ainsi que sur les principes chirurgicaux et l’hygiène des mains. Il est l’auteur de nombreuses publications consacrées à la chirurgie équine, avec un intérêt particulier pour la recherche en asepsie, les biomarqueurs orthopédiques et la dentisterie.
